Petit lexique de la crise financière

Apr 21st, 2010 | By EU-Parlament | Category: Europa, Politometer

Ce texte est pris du site officiel du Parlement Européen. Il n’existe qu’en version française.

L’essentiel

Comment la crise financière a-t-elle éclaté ? Explications.
Les termes présentés ici le sont dans un ordre logique et non alphabétique.

La crise économique et financière a commencé avec la chute de la banque d’investissement Lehman Brothers en 2008. Depuis, subprimes, CDS, obligations d’Etat et taux d’intérêt se sont invités dans le vocabulaire des médias. Sans que beaucoup de monde ne comprenne pour autant ce que cela signifie. Ce petit lexique a pour but de vous aider à vous y retrouver.

Quels sont les mécanismes sous-jacents à la crise ? Qu’est-ce que le refinancement de la dette ou les contrats d’échanges sur défaut liés aux obligations souveraines ? Alors que les termes économiques ont fait leur apparition dans les médias et dans les conversations, peu de monde sait précisément de quoi il retourne.

Voici un petit lexique qui se propose d’expliquer, en des termes simples, le mécanisme qui a conduit à la crise financière majeure que nous connaissons aujourd’hui.

Tout a commencé par les excédents et déficits commerciaux. Un pays est en excédent s’il exporte plus qu’il n’importe, c’est-à-dire quand il produit plus qu’il ne consomme. Il est en déficit dans le cas inverse, c’est-à-dire s’il dépense plus pour importer des biens qu’il ne gagne en vendant sa propre production.
Les excédents et déficits persistants (tout excédent est forcément compensé par des déficits dans une autre partie du monde) engendrent un déséquilibre structurel mondial.
Les pays créditeurs, soit ceux qui connaissent des excédents commerciaux (Allemagne, Chine, Japon…), prêtent sur les marchés financiers internationaux l’argent qui résulte de la différence entre leurs exportations et leurs importations.
De leur côté, les pays débiteurs, qui souffrent de déficits commerciaux (Grèce, Etats-Unis), empruntent cet argent sur les marchés financiers pour financer leurs importations.
Avec ces emprunts, la dette privée, c’est-à-dire la dette des ménages et des entreprises, augmente. En effet, l’argent proposé par les pays créditeurs à des taux d’intérêt intéressants est emprunté par les ménages et les entreprises qui souhaitent consommer plus qu’ils ne produisent sont une cible évidente, via les banques et les institutions financières.
Il y a cependant un grain de sable dans le mécanisme : les emprunts qui ne peuvent être remboursés (bad loans en anglais). Ces dernières années, les banques ont beaucoup prêté aux ménages et au secteur de l’immobilier. Avec la hausse du chômage, cela a mal tourné puisque ces derniers n’ont plus été capables de rembourser leurs emprunts. Or si une banque ne recouvre pas l’argent qu’elle a prêté, il lui est difficile de faire face à ses obligations vis-à-vis des épargnants ou des autres banques. C’est toute la chaîne financière qui est touchée.
Le meilleur exemple est fourni par les crédits immobiliers à risques, plus connus sous le vocable anglais de subprimes. Ils ont été accordés à des emprunteurs qui n’auraient pu les rembourser que si les prix de l’immobilier avaient continué à augmenter et que les taux d’intérêt étaient restés bas. Ce qui n’a pas été le cas. Les emprunteurs n’ont pas pu rembourser leurs dettes et les banques ont souffert de pertes colossales. Ca a été le déclencheur de la crise.
Les déficits budgétaires apparaissent quand un Etat a dépensé plus (systèmes de santé, retraites, infrastructures…) que ce qu’il a gagné (impôts, taxes diverses…). Les excédents budgétaires résultent du cas contraire. Les gouvernements ayant volé au secours des banques, et leurs recettes ayant diminué du fait de la récession, les déficits budgétaires se sont creusés de façon dramatique.
En conséquence, la dette publique, c’est-à-dire le montant total que l’Etat doit à ses créditeurs (la somme des déficits budgétaires en somme), s’est également creusée dans de nombreux pays. Les gouvernements doivent donc contracter des emprunts.
Pour ce faire, ils vendent des obligations d’Etat, ou obligations souveraines. Ils s’engagent à rembourser les acheteurs de ces obligations du montant de leur investissement majoré d’un taux d’intérêt.
Plus l’emprunteur – l’Etat – est considéré « à risque », plus le taux d’intérêt augmente. Plus un Etat est en difficulté, plus sa dette publique lui coûte cher, ce qui ne l’aide pas à se relever.
L’écart de crédit ou spread de crédit mesure la différence entre le taux d’intérêt d’obligations quelconques et celui des obligations des pays les plus sûrs (l’Allemagne pour la zone euro, par exemple). Il se mesure en points de base, 100 points de base équivalent à 1 %. Si l’écart de crédit d’un pays de la zone euro est de 350 points de base et que le taux des obligations allemandes s’établit à 3 %, alors le taux dans ce pays sera de 6,5 %. Si l’écart augmente, cela signifie que les obligations d’Etat sont devenues plus risquées.
Le refinancement de la dette consiste à émettre de nouvelles obligations pour rembourser les investisseurs dont les anciennes obligations arrivent à échéance. C’est ce qui est fait en permanence dans le monde entier.
Les contrats d’échanges sur défaut liés aux obligations souveraines (Credit default swap, CDS en anglais) sont des assurances qui permettent aux investisseurs de se prémunir contre le non-remboursement d’une obligation. Si un Etat manque à ses engagements, le détenteur d’un CDS se verra remboursé par l’institution qui lui a vendu cette assurance (banques, fonds spéculatifs…).
Le problème vient des CDS « simples » (naked CDS) : il est possible d’acheter des CDS sans posséder d’obligations d’Etat. Les investisseurs parient ainsi sur la défaillance d’un Etat. Plus le risque de défaillance est élevé, plus le CDS afférent prend de la valeur. Plus il prend de la valeur et plus le taux d’intérêt augmente pour l’Etat qui souhaite emprunter. D’où un cercle vicieux. L’Union européenne réfléchit à l’interdiction de telles pratiques.
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