Le jour où le monde s’arrêta (Scott Derrickson)

Jun 19th, 2009 | By Christian Buder | Category: Essays, Film, Französische & Englische Texte

Der_Tag_an_dem_die_Erde_stillstand_Poster01L’idée de ce remake “Le jour où le monde s’arreta”(l’originale réalisée par Robert Wise en 1951) que les hommes ne sont pas les seuls revendiquant la terre n’est pas nouvelle. La dramaturgie ressemble très fort à celui du livre “Der Schwarm” de F. Schätzing où l’Autre venait de l’océan. La “sphère” qui pénètre le monde de l’Homme se trouve déjà dans le film de Levinson.

Dans Sphère l’Autre apparaît comme un mirroir qui projete les pensées inconscientes dans leur propre réalité, la sphère sert dramaturgiquement en tant que médiateur disparaissant qui fait que l’homme doit se regarder dans la glace mais biensûr il y voit un être déplaisant et destructeur, un être qui se détruit lui-même en détruisant la terre.

La synopsis de ce film est très simple: “Le monstre arrive sur terre, il va annoncer qu’il éliminera l’Homme sur terre puis il change son avis parce qu’il le trouve quand-même sympatique et il lui donne la grâce de s’autodétruire.” Un scénario simple, on aurait pu faire un bon film mais la réalisation n’est que du bric à brac.

 

Le début du film commence par une phrase ambigue que le hero “extraterrestre” fait dans la tradition des oracles antiques ou comme les sorcières de Mac Beth: en disant je vais sauver la terre, la personne (Jennifer Connelly) qui prend contact avec l’arrivant “Keanu Reeves” comprend en milieu du film que certes l’arrivant voudrais sauver la terre mais en éliminant la race humaine.

C’est le fantasme des Ultra-Verts, des écologistes radicaux qui s’engagent pour la planète et d’autres espèces et qui voient dans la race humaine un intrus, un objet dérangeant et ces radicaux ont tendance de vouloir transformer tout la terre en zone protegée. La dénégation de la râce humaine en faveur de la nature; ce qui est une inversion du système hégélien dans lequel l’esprit se développe en niant la nature.
L’esprit c’est la négation de la nature alors que le film est le fantasme d’une négation de l’esprit, la destruction de la culture humaine, le retour à l’origine préhistorique.

Le film prévoit un échappatoire pour l’Homme, bien sûr, malgré le fait que l’arrivant constate qu’ils ont longtemps surveillé la race humaine et qu’ils n’ont pas trouvé de raison pour sauver cette race qui détruit la terre.
“Nous pouvons nous améliorer” supplia la fille mais ce n’est que son petit fils qui amadou la rage de l’extraterrestre quand le petit pleure à la tombe de son père mort. Le fait d’être capable d’avoir des sentiments vers/pour autrui est pour le réalisateur une raison que l’humanité doit être sauvée, elle mérite même le droit de s’autodétruire et comme le réalisateur présume qu’il y aura, au bord de la civilization, un développement de l’esprit ou dans les termes hégéliens, qu’il y aura un saut qualitatif qui ne met pas la “race” humaine à un nouveau niveau d’existence mais l’esprit humain.

Or on peut se demander si la faculté de sentir pour l’autre est un bien si précieux, le scénariste n’a-t-il pas trouvé d’autre chose qui met en valeur l’humanité? Ce ne sont pas les sentiments qui animent l’Homme de se méfier de l’autre, de construire des armes de destruction massive? Ce ne sont pas les sentiments qui produisent la convoitise qui dépasse toujours la Raison et qui fait tourner la roue capitaliste qui exploite les ressources de cette terre?

Alors le scénariste voudrait-il nous introduire dans le discours de l’amour de Dieu de la scolastique? Et dans ce sens, l’alien n’est-il pas simplement une sorte de Jesus qui cette fois-ci ne se laisse pas tuer à la croix et qui insiste sur le Dieu d’un au-delà, un père qui est lois, une autorité qui limite notre juissance et la rend possible en même temps? N’est-il pas un retour en arrière du nouveau testament où Jesus en tant que Dieu meurt à la croix pour détruire le Dieu d’au-delà (et qui ressuscite dans la communauté), à ce Dieu judaïque qui regne en tant que patriarche avec sa loi féroce et brutale?

L’intervention d’un alien venant d’extérieur ne serait pour Hegel rien d’autre qu’un mouvement du sujet en passant par le pour soi (son être dans l’autre) afin de devenir l’en soi dans l’autre. L’Alien n’est que le mouvement de l’esprit qui se manifeste soit comme force intérieure dans un peuple forçant son développement et le poussant à sa disparition afin de faire place à un autre peuple soit en forme d’une catastrophe qui efface un peuple non-historique, un peuple qui n’a pas de développement intérieur, qui ne se consomme pas d’intérieur et qui dure simplement. Sa destruction lui arrivera comme un événement imprévisible et inattendu.

La Sphère du film “Jour où s’arreta le monde” n’est pas une catastrophe d’extérieur, l’ennemi n’est pas déterminé, il reste flux comme une sorte de liquide insaisissable comme l’océan de Solaris. L’Alien répond lorsque la fille lui pose la question “vous êtes qui quand vous n’êtes pas un homme?” (donc vous avez quelle apparence hors de celle d’un être humain) qu’elle ne comprendrait
pas et qu’elle aurait peur de son image.
Le visage que l’arrivant cache ne serait rien d’autre que celui qui apparaît en moment où la Sphère atterrit sur terre, l’Homme lui-même. Le secret de l’arrivant c’est qu’il n’y a pas de visage derrière que celui de l’Homme. Dejà dans le film La Sphère de Levinson Slavoj Zizek remarque que la Sphère (selon un roman de M. Crichton) n’est qu’un miroir du sujet qui se regarde dedans. Zizek voit dans l’atrocité de la sphère l’intrus d’un objet que le sujet ne sait pas faire entrer dans son ordre symbolique.

La Sphère qui est tombée dans le Central Park est une chose atroce qui sera pour Zizek l’expression du sujet de la pulsion qui produit un “surplus” constitutif (cependant le sujet de désir produit un manque en cherchant l’objet perdu et que le sujet essaie de reconnaitre comme le sien et qui entraîne finalement le flux de mots) selon Lacan.

La subjectivation de la chose monstrueuse, c’est à dire que l’Homme se reconnaît dans l’Autre et dans sa monstruosité, le met face à lui-même sans qu’il arrive à introduire l’autre en lui-même.
Plus que le sujet se reconnaît dans la chose atroce (l’Alien qui veut détruire le monde) plus le sujet est repoussé de sa propre jouissance; il ne veut pas se voir dans cette chose atroce. Mais pour Lacan et aussi pour Zizek l’atrocité de la chose, cette surplus de la pulsion, n’est pas un coté horrible dans l’humain en général, il s’agit simplement d’une part du sujet qui le dépasse toujours, ce qu’il ne peut pas penser ni poser consciemment à la base de ses actions, ce surplus ou “pulsion” ou “Trieb” apparaît ainsi comme objet étranger, l’alien ou la chose en soi chez Kant qui ne peut être rencontré dans la dimension du homo noumenon.
Le fait que l’être humain se tient à distance de l’Autre monstrueux (en voulant le tuant par exemple) en refusant de se voir dans cet Autre fait que la parole de la jouissance se dissipe, le sujet tombe dans le silence ce qui fait d’ailleurs le film. Les dialogues déjà très maigres se réduisent au simple d’étonnement. Le scénariste a bien vu qu’un dialogue entre les représentant présumé (il parle un moment de l’ONU) ne donne rien du tout. Au moment où les Hommes et ses dirigeants se reconnaissent dans cette Sphère et lsa machinérie mortelle, le discours s’arretera, le “monde” s’arretera.

On aurait pu faire un scénario davantage intéressant avec ce sujet même si cela n’est pas un sujet nouveau.

Je joins ici la proposition spontanée d’une femme à coté de moi dans la salle de cinema. Elle n’aurait pas sauvé l’humanité pour cette faculté d’avoir des sentiments mais qu’elle aurait défendu l’humanité du coté de “désir” en trouvant du plaisir dans une simple glace à la plage, plus abstraitement l’Homme mérite sa vie sur terre parce qu’il en fait un objet de son désir et l’alien aurait du prendre son temps pour comprendre qu’il n’y a aucun objet sur terre qui peut supprimer son désir, c’est ainsi l’Homme exploite cette terre, c’est ainsi que l’Homme s’autodétruira, c’est ça être humain.

 

Share
Tags: , , , , , ,

Comments are closed.